Groupe /ethnie: Bobo
Pays: Burkina Faso
Culture: Bobo
Objet: Masque
Nom vernaculaire: Sô Molo
N0 d’inventaire: 9751
Matériau : Bois dur
Dimensions: H 143 cm  L 35 cm

Parmi la soixantaine  d’ethnies qui composent officiellement la population bourkinabé,  les Bobo, sédentarisés sur leurs terres depuis des centaines d’années,  vivent essentiellement  au nord-ouest du Burkina Faso et au sud-est du Mali, pays duquel ils semblent être originaires.
Sur le plan économique et social, les groupes lignagers villageois sont les unités fonctionnelles gérant une économie de subsistance ; cependant,  les hiérarchies traditionnelles ont peu à peu perdu de leur influence, notamment avec l’exploitation de secteurs marchands (exportation de produits céréaliers) qui ont provoqué une réorganisation des rapports sociaux. Le maintien des traditions et le domaine religieux, moins touchés par les changements économiques, restent un élément de cohésion communautaire  et d’identification : les « Festivals » des masques qui sont organisés (FESTIMA) le prouvent bien.

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Masque Nwenka, Village de Muna ; source : iowa-edu-africart, crédit photographique : Christopher D.Roy

Le masque occupe toujours une place importante dans l’organisation et le fonctionnement de la société Bobo ; il est présent dans plusieurs étapes de la vie de l’individu, lors de sa « naissance sociale » par des rites d’initiation, lors d’événements socio-culturels et réjouissances villageoises, comme les rites agraires, ou lors des funérailles;  le masque participe à la socialisation de l’individu, les rites initiatiques lui confèrent un statut; par des actes symboliques lors de rituels bien précis, l’individu acquiert des valeurs, apprend des normes, se socialise dans une communauté à laquelle il s’identifie.

Les masques
Les Bobo ont sculpté un grand nombre de masques, très variés, dont certains se présentent  sous des traits naturalistes, parfois anthropomorphes, mais le plus souvent sous forme d’animaux de  brousse, qui, à première vue, échappent  à une identification précise, mais surprennent par leur audace. Un village, à lui seul, peut avoir produit  un nombre élevé de masques, les uns différents des autres (1) .

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a et b : masque antilope, Musée du Quai Branly 73.1966.3.8 et masque oiseau 71.1968.96.2
c et d : masque Kele (une incarnation de la puissance de Dwo ?) Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren, EO 1967.63.77 (cf. notice publiée) et masque antilope EO.1976.38.139

Il y a les masques feuilles saxasaxala lors de rituels de purification du village, les masques en fibre végétale, les masques Syekele, des têtes en bois sculpté des agriculteurs bobo, des masques blancs Zara et leurs fêtes nocturnes,  et encore les masques des forgerons Bobo, dont un exemplaire et conservé dans la collection Held. Selon les mythes sur l’origine de l’homme chez les Bobos, c’est le forgeron qui a été le premier homme sur terre par la volonté de Wur, dieu suprême, ce qui lui confère un statut particulier.  Masque d’origine divine, car émanation de la volonté divine, le masque  Sô Molo est utilisé notamment lors de la célébration des funérailles (2).

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Masque feuilles, 11ème édition du FESTIMA mars 2012, Dédougou, crédit photographique : Frédéric Legros

Le masque sacré des Bobo est, en tout premier lieu, le masque feuilles. « Parcelle vivante de la brousse » ou « parcelle divine » (3),  c’est le premier masque – le masque primordial – qui a été donné à l’homme. Il intervient pour maintenir l’ordre de la création et apparaît au village lors de cérémonies de purification, afin de « maintenir la création dans l’état originel ». Dans ce sens, il est un « facteur d’équilibre cosmique », selon l’expression de Guy Le Moal, spécialiste de la matière (4). Le masque, composé entièrement de feuilles fraîches à partir d’une légère armature d’osier ou de  branchettes d’arbre, a une existence éphémère d’un jour (5). A la différence des masques en bois, il n’est la propriété de personne, il appartient à la communauté.
Vient ensuite le masque fibre,  espèce d’amas végétal, à l’apparence très rude, composé de fibres travaillées ;  dans les exemplaires les plus élaborés,  un masque apparaît, couvrant la tête du danseur, sous la forme  d’un visage en feutre brodé (ci-dessus photo c). Ces masques interviennent surtout  lors de rites initiatiques.

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Masque en fibre (DR)

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Masque en bois Sô Molo (coll. Held)

En troisième place, le masque en bois le plus important d’entre eux, le masque Sô Molo, appartient à une famille, un lignage et, selon la tradition, a été révélé à des ancêtres du village, peut-être mythiques, mais bien connus. Porté, il reste « chose divine ». Sculpté dans du bois sacré, l’afxelia africana, arbre à haute tige au bois dur,  le masque est réalisé par des initiés qui recourent à de nombreuses  offrandes et sacrifices lors de son façonnage (6). Le masque Sô Molo, comme de nombreux autres, est sculpté par des forgerons : ceux-ci travaillent le fer mais sont également d’excellents artisans sur bois, qui produisent des objets d’usage quotidien (serrures, assiettes etc). Le masque  Sô Molo a une grande importance, car il est l’incarnation de Kwele Do, première figure ultérieure à Dwo (fils de Wuro, divinité suprême)7. Son nom est tiré du lieu où il est apparu la première fois (village de Kwele): c’est en ce lieu que l’ancêtre mythique des forgerons aurait reçu le masque feuilles initial, le plus sacré des Bobos ; le mythe d’origine fortifie la position sociale des forgerons et leurs maîtres des cultes. Avec le percement des yeux, l’objet devient vivant et sacré, investi par la divinité (le danseur, nu, aspergé de cendres ou protégé par des feuilles lors des funérailles, ne doit pas être vu !)
Tous les ans, avant les cérémonies, le masque est repeint avec les teintes blanc/rouge/noir. Le blanc est souvent de la craie, le rouge un grès concassé de la région, le noir du charbon de bois. Lors de ses sorties, le masque Sô Molo peut être accompagné par un autre masque,  le masque  Nwenka, tout aussi spectaculaire du point de vue iconographique, mais moins important dans la hiérarchie des masques Bobo (cf. illustration ci-dessus).

Typicité

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a) Collection Held, n° d'inventaire: 9751
b)  MET  a.n. 997.444.3a
c) Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren EO.1978.51.1
d) Musée du Quai Branly N0  73.1964.7.5

Les masques Sô Molo, sculptés « en gouttière »,  se caractérisent par une grande face rectangulaire, un large front bombé en forme de calotte, munie d’une crête sommitale et deux puissantes cornes ; les yeux sont représentés par deux trous, ou tracés sous forme rectangulaire. Le nez, assez court mais nettement dessiné, se prolonge dans une ligne médiane qui se termine dans une petite excroissance figurant probablement le nombril,  ou une petite bouche pour les masques féminins. A la base du visage, une pièce triangulaire sert de poignée au porteur du masque.  Suivant l’utilisation qui en est faite par son propriétaire, le masque est travaillé et décoré en triangles sur les deux côtés de la ligne médiane, figurant les scarifications tribales. Ainsi, dans le masque du Musée du Quai Branly (d) on voit clairement les traits stylisés du visage – nez, bouche, menton, nombril  - alors que dans celui du MET (b), l’arête médiane se départage, sans autres marques,  en deux traits juste au-dessus du nombril. Le masque de la collection Held porte quelques traces croûteuses d’anciens  pigments ocre : les décors gravés apparaissent avec d’autant plus de force que les colorants ont disparu.

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Les différences entres les masques illustrés ci-dessus sont notables mais usuelles. Selon la typologie proposée par Guy LE MOAL,  le masque de la collection Held pourrait être de type Taguna, en raison de l’articulation des cornes, qui présentent une petite excroissance, comme sur le masque d), peut-être pour prévenir des cassures lors de l’utilisation du masque (7).

Notes:
(1) LE MOAL Guy, 2008, p.52
(2) Ibid. p. 105
(3)  Ibid.p.5
(4) LE MOAL Guy (1924-2010), ethnologue français, réalisateur et photographe, chercheur au CNRS, spécialiste des Bobo de Burkina Faso. Sur la « parcelle divine » cf. LE MOAL Guy, 2008, p. 5 et 37, la relation avec Wuro, p. 37, la relation avec les masques, p. 37.
(5) cf.  LE MOAL Guy, 2008, p.5 et p. 57 : Arrivés depuis la brousse  les masques « parcourent à la hâte et dans le plus grand désordre toutes les ruelles du village sans qu’aucun itinéraire ne leur soit fixé. Ils semblent saisis de fureur, ils frappent les murs des maisons, cognent aux portes, bousculent les passants. Les masques viennent d’accomplir la plus haute mission qui soit. Grâce à leurs pouvoirs, ils attirent sur eux les forces mauvaises accumulées au cours de l’année. Comme un aimant les feuilles se chargent des maladies, des souffrances, des causes de conflits. Arrivés hors du village, accompagnés par une meute de jeunes, les masques poursuivent leur course en direction de la brousse. Les tuniques de feuilles sont enlevées et allongées comme des morts, la tête dirigée vers le sud, les pieds vers le nord. Elles pourriront puis sècheront au soleil pendant sept jours avant d’être brûlées ».
(6) cf. le remarquable reportage filmé sous  Ina.fr « Le Magazine des explorateurs, Guy LE MOAL, Le masque en Haute Volta », qui retrace la fabrication d’une copie d’un masque Molo in situ, a Silenkoto, en 1968
(7) Le MOAL Guy,  2008, p. 34 « Le mot « fils » ne doit pas être pris au sens littéral du terme « engendré ». Dwo, Soxo et Kwere apparaissent comme des parties détachées  de Wuro lui-même, lui permettant de demeurer auprès des hommes. Ils sont des hypostases de Wuro. Cependant, aucune confusion ne doit être faite avec le dogme chrétien de la Trinité qui reste totalement étranger aux Bobo »
(7) LE MOAL Guy, 1999, p. 151

Bibliographie

  • LE MOAL Guy, 1977,  Les Bobos. Essai sur la nature et les fonctions des masques. Thèse d’Etat. Université de Paris V, 3 tomes.
  • LE MOAL Guy, 1980,  Les Bobos. Nature et fonctions des masques, Paris, Orstom, ISBN 2-7099-0571-X
  • LE MOAL Guy, 1999 Les Bobos Nature et fonction des masques, Musée royal de l’Afrique centrale, TERVUREN, Vol 161
  • LE MOAL Guy, 2008, Masques Bobo, vie, forme et couleurs, Adam Biro, ISBN978-2-35119-050-0
  • MILLOGO Louis  et SANOU Salaka, 2007, Littérature et masque : une étude comparée de leur fonctionnement comme institutions, Tydskriff Vir Letterkunde, UNI de Pretoria en collaboration avec l’UNI Ouagadougou,  n0 spécial, Burkina Faso, littérature émergente et création artistique, Ed. Amador Bissin
  • SISSAO Alain Joseph, compte rendu : LE MOAL Guy, 2008 Masques bobo, vie formes et couleurs, Journal des africanistes 79-1/2009 315-317 et notes citées

Localisation des Bobos
Source : www. iowa-edu ethnic maps

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espace-held janv.2016, notice validée/lr

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