Groupe /ethnie: Baga
Pays: Guinée (Conakry)
Culture:
Objet: Figure d'autel
Nom vernaculaire: A-Tshol
N0 d’inventaire: 11839
N0 d’inventaire: 11923
N0 d’inventaire: 12644
Matériaux : Bois, clous
Dimensions:
11839: H 51 / L 79 cm
11923:
H 36 / L 39 cm
12644: H 30.5 / L 43 cm

Les traditions orales des Baga situent leurs ancêtres au Fouta Djallon, vaste territoire au centre de la Guinée équatoriale abritant de nombreuses communautés, qui coexistaient pacifiquement (tels les Temne, les Landuma, les Nalu ecc.), sans structures socio-politiques  centralisées, ni visées hégémoniques, avant d’être confrontées à l’arrivée de migrants fuyant leurs terres situées plus au nord, à la suite de la désagrégation des empires de l’intérieur (empire du Mali).
Un premier refoulement vers les zones côtières aurait eu lieu vers le XVe siècle ;  écartés par de nouveaux-venus ayant connu des structures sociétales plus rigides, ou  chassés par des populations utilisant d’autres techniques agricoles, la pression s’accentue avec l’arrivée des Peuls (ou Fulbe ou Fula) islamisés. L’installation des Baga sur le littoral guinéen se fit par étapes, sans qu’il soit possible d’en connaître les différents mouvements, depuis la presqu’île de Conakry jusqu’à l’actuelle frontière de la Guinée Bissau, par différents groupes peuplant ainsi quelque 250 km de côtes, parfois dans une suite de villages, parfois en îlots ou  quartiers pris entre d’autres populations. Les derniers à s’y être installés sont les Baga Sitemu, à la fin du XVIIIêmesiècle. Le morcellement géographique est dû, en partie, aux différentes vagues de peuplement, mais aussi à l’implantation d’autres populations venant du sud (actuelle Sierra Leone) ou du nord (Guinée Bissau), engendrant des assimilations (par ex. les Baga de Kaloum au Susu) et des mixités.
Malgré les diversités d’origine et de parcours, les Baga présentent des caractéristiques semblables dans l’organisation sociale, l’exercice de l’autorité politique, les techniques de la culture du riz, très élaborée, et dans le culte des divinités.  L’autorité est détenue par un ancien du village responsable de la sécurité du groupe ; c’est à lui qu’incombe la sauvegarde des objets sacrés du clan. Les Baga sont très connus pour leurs représentations de Nimba (ou D’imba) déesse de fécondité,  les sculptures serpentiformes Basongie (a-Mantsho-na-Tshol) et les divinités a-Tshol, objets de la présente fiche.
Les représentations de la divinité a-Tshol, littéralement  le « médicament» - notion qui renvoie à l’idée d’un agent de transformation, physique ou spirituel (1) - sont sculptées dans du bois dur et présentent une tête anthropomorphe munie d’un bec illustrant, selon certaines sources, celui d’un pélican (2). Ces figures, parmi  les plus vénérées des Baga, puisent leur origine dans un «ancêtre des ancêtres », première forme de reconnaissance d’un Dieu ancestral.
Mises à l’abri dans une case sacrée pendant la saison des pluies, les figures a-Tshol sont ressorties lors de cérémonies et servent surtout à la protection du village contre les forces maléfiques (3). Elles apparaissent lors de danses, portées sur la tête par des danseurs qui leur impriment un léger mouvement au son de chants et tambours, lors de visites de marque, de rituels initiatiques ou à l’occasion de funérailles de notables.
Diminués par l’emprise de la colonisation, puis de l’islamisation, d’un régime communiste qui suivit, les Baga manifestent depuis la chute de Sékou Touré en 1984 un intérêt renouvelé pour leur héritage culturel, même si l’aspect religieux dans les manifestations villageoises est moins marqué que par le passé.

Typologie des figures a-Tshol
Les figures a-Tshol existent, principalement,  en trois versions :

  • les premières (type A) aux traits naturalistes, sont de facture relativement complexe, aux dimensions les plus grandes et à l’exécution la plus recherchée (cf. photo ci-dessous MET Museum 1978.412.301) ;

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  • les deuxièmes (type B),  aux formes simplifiées et très épurées, ne laissent entrevoir qu’une petite sphère et un prolongement en forme de bec, traits dépourvus de tout ajout ou décor ;
  • les troisièmes (type C) combinent à la fois les éléments des deux types précédents (pièces « syncrétiques »).

Enfin, il existe des figures a-Tshol plus petites et compactes, au dessin plus brut ou sommaire, sculptées avec de petits becs, qui selon certains témoignages, représenteraient des effigies féminines. Elles seraient utilisées par les mêmes groupes. Ces pièces sont sculptées d’un trait dans un seul morceau de bois (cf. photo ci-dessous MET Museum 1978.412.330).

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Il existe aussi des figures a-Tshol à deux têtes, dont l’une est conservée au Musée de Toulouse.
L’absence d’indication du lieu de collecte in situ d’une bonne partie des figures a-Tshol conservées dans les collections occidentales pose des problèmes de qualification, certains objets étant attribués aux Nalu, voisins des Baga, moins connus, ou encore aux Landuman (cf par ex. The Menil Collection inv. X0127). Nombreuses questions demeurent (4).

Typicité
La collection Held comprend trois exemplaires de figures a-Tshol qui offrent au visiteur un aperçu des trois types d’a-Tshol.

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Type A / Coll. Held 11839

Supportée par une robuste tige, l’effigie, amovible, est ancrée dans un socle cylindrique évidé, sculpté séparément (H=17cm) ; la tête est surmontée par une crête sommitale qui  la partage en deux lobes égaux. Le crâne est évidé et orné de motifs sculptés en losanges (partie supérieure)  et en triangles (partie inférieure), séparés par une arête latérale ;  à la racine du bec est sculpté le nez, en forme pyramidale. Comme sur d’autres pièces connues, l’objet est orné de quelques clous de tapissier, dont deux figurent les yeux. Les oreilles sont distinctement marquées.

Le bec, de forme allongée, est légèrement arrondi. Les dessins géométriques qui ornent parfois les becs ne sont, ici, pas présents ou ont disparu, peut être en raison de l’érosion du bois.

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Type B / Coll.Held 11923

La deuxième figure, de type B, est une remarquable représentation de divinité a-Tshol aux traits essentiels et épurés (provenance : Nicaud). Portée par une robuste tige, la tête est représentée par une simple petite sphère légèrement évasée qui se prolonge vers un puissant bec arrondi, sans autre ajout. Le bois présente une très belle patine profonde, légèrement croûteuse, témoin d’une longue utilisation. La pièce a été exposée au Musée de Baltimore à l’occasion de l’exposition Art of the Baga : A Drama of Cultural Reinvention (5).

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Type C / Coll. Held 12644

La troisième figure a-Tshol combine les éléments des deux premières, les traits naturalistes sont présents, mais moins marqués, l’exécution est plus sobre, les lignes plus simples. La tête est représentée par une sphère avec une arête sommitale, les oreilles bien marquées, le nez et les yeux plus discrètement sculptés en relief.

Notes :
(1) LAMP, 1996, p.89 «The idea of medicine must be understoot in the context of African healing : any material thet can effect a transformation, physical or spiritual, is a-Tshol »
(2) LAMP, ibid.p. 87
(3) L’indication se fonde sur les travaux de recherche conduits par Denis Paulme dans les années 1950
(4) Cf. BERLINER David, (Re) Découverte des masques Landuma FNRS, Centre d’anthropologie culturelle, Université libre de Bruxelles www.academia-edu/5818646 « Dans les sociétés « à frontière perméable » de la Guinée maritime (Baga, Nalu, Landuman) l’ethnologue est confronté à un véritable casse-tête en la matière d’attributions stylistiques. (…) Je mettrai l’accent sur le fait que la plupart des objets landuma, baga et nalu qui reposent dans nos Musée restent aujourd’hui « sans père ni mère ». L’absence de données précises les concernant rend difficile, voire impossible, leur identification géographique et historique »
(5) LAMP, 1996, p.101

Bibliographie :

  • BERLINER David, 2016, Baga, Mémoires religieuses, Somogy, Editions d’art
    CURTIS Marie-Yvonne, 1996, Art Nalu, Art Baga de Guinée : Approches comparatives, thèse de doctorat (sous la direction de M.Pauderat), Paris III Sorbonne (ANRT 25159)
  • LAMP Frédéric, 1996, Art of the Baga A Drama of cultural reinvention, The Museum of African Art & Prestel Verlag, Munich & New York
  • PAULME Denise, 1956, Structures sociales en pays Baga, Bulletin de l’Institut français d’Afrique noire, ser.B, XVIII (1-2) : p. 98-116
  • PAULME Denise, 1958, La notion de sorcier chez les Baga, Bulletin de l’Institut français d’Afrique noire, ser.B, XX (3-4) : p. 406-416

espace-held janv.2016, notice validée/lr

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