Groupe /ethnie : Baoulé
Pays : Côte d’Yvoire
Culture : Baoulé
Objet : Masque heaume « Guli »
Nom vernaculaire : Bo Nu Amuin
N0 d’inventaire : 12648
Matériaux : Bois, matière sacrificielle
Dimensions : H 67 / L 29

La formation de l’ethnie Baoulé  est relativement récente. Issus des Akan, large groupe du Ghana, les Baoulé se sont constitués progressivement,  par une série de migrations qui a débuté vers le milieu du XVIIIème siècle, à la suite de l’extension de l’empire Ashanti. Arrivés au centre de la Côte d’Ivoire, ils conquièrent, depuis leur capitale Bouaké, des terres des Malinké,  des Sénoufo et des Gouro situées plus au nord.
Ils représentent aujourd’hui presque un quart  de la population ivoirienne et sont devenus la première ethnie du pays, avant les Bété à l’est et les Sénoufos au nord. Ils habitent essentiellement le centre et l’est du pays entre une zone de savane et une zone forestière. D’abord organisés en petites villes-état, ils ont évolué vers un régime peu centralisé ; ils sont aujourd’hui répartis en 1600 villages organisés sous l’égide d’un conseil des anciens.  Les populations comptent quelque  300-400 personnes en moyenne par village.

L’histoire du people Baoulé est une histoire  de mouvements, d’échanges et d’assimilation.
Aux différentes familles d’origine Akan qui forment le noyau hétéroclyte de départ (Alanguira e Assabou) s’ajoute une partie des populations autochtones assimilées ou conquises  en Côte d’Yvoire (les Djimini, les Tagouana,  ou Sénoufos du sud, et bon nombre de Yaourés). Les échanges leur apportent de nombreux éléments,  empruntés à la culture de leurs voisins de l’Ouest et du Nord, respectivement les Gouro et les Sénoufo. Il en est ainsi pour certains types de danses, reprises à leur compte, lors de déplacements et de conquêtes, importées et intégrés dans leurs propres traditions (mascarades du Goli). Des Gouro, ils auraient appris la sculpture sur bois de masques, qui n’était pas dans la tradition Akan, alors que les Gouros eux-mêmes auraient appris des Baoulés les techniques d’orfèvrerie.  Les Baoulés, animistes et majoritairement attachés à leurs traditions -  malgré les nombreuses autres présences religieuses (catholiques, protestants, musulmans, déîma etc.)-  sont restés proches de leurs valeurs culturelles d’antan, relevant de traditions ancestrales. Succinctement, l’univers baoulé  est réparti entre trois pôles : ce qui appartient au domaine de Dieu (Annangaman  Nyamien),  le monde terrestre  - à savoir l’humain, l’animal, le végétal et les génies -  et, enfin, l’au-delà, (blôlô), le domaine des êtres surnaturels où réside l’âme des ancêtres.

Les statues et les masques des Baoulé portent en elles puissance et magie ; elles révèlent  beautés et sérénités, dans une esthétique que l’on dit quasi-inégalée. Il y a un souci de décoration mais il n’est pas au premier plan, et une recherche du beau, sous les habits du vrai.

L’art des Baoulé est essentiellement  de nature religieuse. Par leurs sculptures, les Baoulés établissent un contact avec le monde surnaturel. Si Dieu et les ancêtres ne sont pas représentés,  les génies (Assié oussou), esprits de la nature,  apparaissent dans un grand nombre d’œuvres : ils manifestent leur désir de vivre avec les hommes et même de se marier (cf. les statues connues sous le nom de blôblô bian ou blô blô bia). Les esprits de la brousse, qui interviennent  dans la vie villageoise, sont représentés sous la forme de buffles ou d’antilopes ; ils sont utilisés dans des danses Dié ou Do.  Dans leur célébrations, il y a une place pour l’événement collectif (danses), aussi bien que pour l’autel privé, où sont conservés, à l’abri de regards étrangers, les objets de culte personnels.

Typologie du masque Guli
Les masques-heaume du type Guli se présentent sous la forme d’une tête de bovidé. Le buffle est ici la représentation d’un des délégués symboliques de Nyamyé, entité suprême, père de toute créature terrestre.  Le buffle est symbole de fertilité (1).  Ces grands masques heaume zoomorphes sont aussi appelés Amuin ou Amuin Yaswa : ils supportent les croyances religieuses les plus anciennes des Baoulé. Pour conserver leur puissance, ces masques doivent être réactivés et ils sont donc associés à des sacrifices.  Ils évoquent la dureté d’un environnement périlleux et hostile. Cornes et dents puissantes renforcent leur rôle : les cérémonies qui y sont associées sous l’égide de la société masculine  Dyé, servent ainsi à la protection du village contre les menaces. Ces masques sont interdits aux femmes (cf. note 8).

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Un premier témoignage photographique de ce masque date de 1920 (Ross Archives of African images (2) avec la mention « large woden mask used in the Gouli dances of the Baoulés »,  H 91 cm (ex collection Paul Guillaume).

Le masque « Guli », dont il est question ici, n’est pas celui qui apparaît dans les mascarades très connues dites du « Goli » qui combine les traits stylisés du buffle, une gueule de carnassier (crocodile) et des cornes d’antilope.

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Ci-dessus le masque « Goli Glen » détenu par le MET Museum (4).
Le descriptif de ces masques et leur utilisation fait l’objet d’une fiche à part.

Typicité
Le front, large et bombé, est surmonté de trois cornes recourbées légèrement en avant : ils sont la caractéristique principale du masque conservé par la collection Held. La troisième corne représente la part cachée de l’animal, elle décuple sa force. Les yeux sont sculptés en forme de demi-lunes superposées, le nez allongé rappelle celui d’un humain. La gueule ouverte laisse entrevoir la dentition de l’animal, visible sur les côtés, qui est bien dessinée et soulignée avec des traits rehaussés au caolin et colorant noir. Le masque est recouvert d’une épaisse croûte rougeâtre sacrificielle. Il surprend par son exécution puissante dans des traits hautement stylisés. L’exécution du masque, avec ses trois cornes,  témoigne aussi de la liberté du sculpteur de traiter son sujet, à l’intérieur d’un schéma bien codifié.  D’autres masques de type « Guli » présentent quelques particularités, par exemple des cornes recourbées en avant, se rejoignant à leur extrémité (5), des yeux globuleux prononcés ou soulignés par cercles concentriques (6).

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MET Museum 1978.412.341  et 1978.412.664

Les caractéristiques particulières de chaque masque soulignent plutôt le souci de « personnaliser » l’objet, en fonction du commanditaire du masque, bien au-delà d’une production stéréotypée trop souvent évoquée en Occident à propos de l’art baoulé (7). Si pour la littérature spécialisée, les chefs d’œuvres dans l’art baoulé restent rares, le masque Guli de la collection Held  atteste toute la force expressive du sculpteur baoulé (8).

Notes :
(1) AAVV, 1969,  Arts de la Côte d’Ivoire, Les trésors du Musée d’Abidjan, Vevey, Musée des Beaux Arts, p.72
(2) ROSS Archives of African Images, 1418 – 1920
SALMON André Negro Art, The Burlington Magazine Vol XXXVI No CCV (205)
(3) ROSS Archives of African Images, 1259.1 tiré de TERRIER Auguste « La fin des féticheurs » Journal des voyages et des aventures de terre et de mer, n.559
(4) MET Museum, a.n.: 1979.535.2
(5) cf. celui du Musée d’histoire naturelle de Besançon, numéro d’inventaire HN004 2001-01-074
(6) cf. celui du Musée d’histoire naturelle de Besançon, numéro d’inventaire HN004 20001-01-072. Cf. encore le masque détenu par le Quai Branly 71.1901.52.2 (avant l’an 1901) ainsi que le masque 71.1960.6.1.
(7) cf. à ce sujet : VOGEL Suzanne, 1999,  L’art des Baoulés, Adam Biro, ISBN-10 2843690068
(8) Une version moins élaborée de ce  masque se trouve au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, EO 1973.14.6 avec la note suivante « était utilisé dans le cadre d’une société masculine. Il sortait la nuit lorsque les femmes risquaient moins de le rencontrer et il protégeait le village de l’action néfaste des sorciers ».
Voir aussi : LABOURET Henri, Notes contributives à l’étude des peuples Baoulé, part II, Revue d’ethnographie et de sociologie, N. 5/6

espace-held janv.2016, notice validée/lr

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